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Accompagnez la transformation de votre entreprise par le dessin ! Interview avec Etienne Appert

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Bonjour à toutes et à tous ! J’ai aujourd’hui le grand plaisir d’interviewer Etienne Appert 😀 Ancien consultant devenu illustrateur, il a gardé un lien privilégié avec le monde de l’entreprise et a écrit le livre « Penser, Dessiner, Révéler », LE livre qui m’a fait découvrir et aimer la pensée visuelle 🙂 C’est donc un immense honneur pour moi de l’interviewer et de recueillir sa conception du métier d’accompagnateur par le dessin ainsi que ces précieux conseils ! Tout au long de cette interview, vous en saurez plus sur le rôle d’un accompagnateur par le dessin, mais aussi sur son impact et sa valeur ajoutée, ainsi sur que les grands principes à suivre pour aider une organisation à se remettre en question pour évoluer. Bonne écoute ! (Durée d’écoute : 29 min. 22s. La transcription écrite de cette interview est également disponible dans la suite de cet article. Temps de lecture : 15 minutes)

Pour écouter cet épisode, cliquez simplement sur Play dans le lecteur ci-dessus ou faîtes clic droit sur ce lien puis “Enregistrer le lien sous” pour le télécharger directement, par exemple pour l’écouter sur votre smartphone.

Je vous mets également les liens pour retrouver toutes les références liées à cette interview :

Et enfin, vous trouverez également ci-dessous un résumé gribouillé de cette interview, ainsi qu’une transcription de l’intégralité de cette entretien !

Joyeux podcast et bonnes gribouilles !
Laurent 🙂

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Résumé gribouillé de l’interview :

Résumé gribouillé de l'interview d'Etienne Appert

Transcription texte de cette interview avec Etienne Appert :

Les Joyeux Gribouilleurs : Bonjour Étienne !

Étienne Appert : Bonjour Laurent.

Les Joyeux Gribouilleurs : Comment ça va ?

Étienne Appert : Très bien, ravi de répondre à tes questions.

Les Joyeux Gribouilleurs : Je suis ravi également, merci encore une fois d’avoir accepté cette interview 😊

Alors, tu as été consultant pendant longtemps et tu as ainsi accompagné de nombreuses entreprises dans leur transformation ainsi que dans l’utilisation de nouveaux outils.

Aujourd’hui en tant que facilitateur graphique, en tant qu’accompagnant par le dessin, est-ce que ton rôle reste similaire ? Continues-tu à accompagner des entreprises dans leur transformation ?

Étienne Appert : Aujourd’hui je ne fais plus que du dessin. Je le fais dans plusieurs contextes, dont celui d’être accompagnant par le dessin. Et quand je suis accompagnant par le dessin, je contribue effectivement à des processus qui ressemblent à ceux dans lesquels j’intervenais à l’époque où j’étais consultant.

Par contre, ma fonction a complétement changé : depuis 2010, j’ai décidé que je ne faisais plus que du dessin. Bien sûr quand j’interviens, je mobilise tout ce que j’ai appris quand j’étais consultant, pour le mettre au service d’un processus, d’une dynamique, etc. Mais je le fais à partir d’un rôle très particulier qui consiste à uniquement reformuler par le dessin, ce que j’entends, ce que je vois, ce que j’observe. Je ne prends la parole que pour soutenir ces reformulations, faire la « voix-off » des dessins que j’ai produits.

J’ai complètement abandonné le reste, tout ce qui concerne le métier de consultant, c’est-à-dire que je n’anime pas de réunions, je ne conçois pas de séminaires, etc. Aujourd’hui, je m’intègre dans des événements, et j’occupe un rôle qui n’existait pas pendant très longtemps : celui d’un témoin silencieux qui, à des moments précis, va soudainement faire un effet miroir et reformuler ce qu’il a compris sur une base de dessin.

J’occupe un rôle qui n’existait pas pendant très longtemps : celui d’un témoin silencieux qui, à des moments précis, va soudainement faire un effet miroir et reformuler ce qu’il a compris sur une base de dessin.

Etienne Appert

Cela peut donner l’impression de quelque chose d’un peu limité. Sauf qu’en fait le dessin, c’est comme une écriture, on peut faire à peu près n’importe quoi : on peut faire des schémas, on peut faire de l’humour, on peut mettre en scène des personnages en situation, etc. On peut faire énormément de choses ! Donc avec ce rôle, très limité d’un certain point de vue, je prends la parole régulièrement dans des événements, pour dire des choses extrêmement variées selon ce qui se passe.

Les Joyeux Gribouilleurs : Et extrêmement pertinentes aussi j’imagine ! 😊

Étienne Appert : Oui, c’est le but. C’est là où le fait d’avoir un passé de consultant m’aide pour essayer d’évaluer ce qui pourra être utile à la dynamique.

Les Joyeux Gribouilleurs : Donc tu n’utilises plus d’outils ou de méthode de conseil lors de tes interventions ?

Étienne Appert : Plus du tout. Et pourtant, on me demande régulièrement : « tiens, pourrais-tu aussi nous aider sur ceci ou sur cela ? ». Si cela concerne vraiment le dessin, par exemple si on me demande « après que tu as dessiné, ce serait intéressant que les gens eux-mêmes se mettent à dessiner » à ce moment-là, je veux bien donner un coup de main. [Mais pas sur d’autres sujets.]

C’est vraiment quelque chose auquel je tiens parce que beaucoup de facilitateurs graphiques, à mon avis, ne se rendent pas compte de la puissance de leur métier et de leur rôle. Et donc à un moment ou à un autre, ils se disent « Bon, pour mériter mon salaire, pour faire un vrai métier, il faut quand même que je fasse un vrai truc, que je me mette à animer la réunion, à concevoir le séminaire, à être un consultant ». Un peu comme si le métier abouti du facilitateur graphique était d’être un consultant.

Personnellement comme j’ai d’abord été consultant, je n’ai pas de fantasmes par rapport à cela. Par contre, en me concentrant à temps plein pendant les séminaires à ce rôle très précis, d’être celui qui reformule par dessin, je me rends compte qu’en fait, ça peut aller très loin. Mais à condition de pouvoir y investir toute son énergie et tout son temps et ne pas être en train de penser à gérer les horaires, à animer le groupe… C’est vraiment une autre fonction.

Et plus j’avance, plus je pense que ce rôle-là mérite que quelqu’un s’y investisse complétement, donc c’est ce que je fais.

Les Joyeux Gribouilleurs : Donc pour toi, le dessin se suffit à lui-même si tu veux accompagner une personne, une entreprise, un événement ?

Étienne Appert : Non, je ne le prendrais pas dans le sens où le dessin suffit pour les personnes à accompagner, même si tout dépend des cas. Par contre ce que je dis, c’est que pour vraiment aller loin dans l’accompagnement par le dessin, cela mérite que quelqu’un, comme moi par exemple, ne fasse que ça.

Après pour le client, pour la dynamique qu’il s’agit de soutenir, dans bien des cas, ce n’est pas suffisant d’avoir un accompagnant par le dessin. Cela dépend, il y a des cas où des entreprises font des réunions, des séminaires et ne font appel à personne pour les accompagner. Parfois, elles le font et elles font appel à moi ou à un autre dessinateur et c’est suffisant. Et parfois elles ont vraiment besoin d’un accompagnement [sur l’organisation mais] je ne remplace pas du tout un consultant ou un facilitateur, qui lui va monter un séminaire de façon très intelligente, va proposer des dynamiques de groupes. Tout cela est complémentaire.

Je ne remplace pas du tout un consultant ou un facilitateur […], tout cela est complémentaire.

Etienne Appert

En tous cas je considère que le métier qui est le mien a du sens en tant que métier occupé à temps plein. Après je ne prétends pas du tout résoudre tous les problèmes uniquement avec ça et que les consultants ne servent à rien, ce serait absurde ! (Rires)

Les Joyeux Gribouilleurs : D’accord. Donc si je résume : il y a d’un côté un travail de facilitation dans les événements auxquels tu participes et il y a d’un autre côté ton rôle, celui de témoin armé d’un crayon qui retranscrit ce qu’il entend, voit, perçoit et le restitue au groupe. C’est bien cela ?

Il y a d’un côté un travail de facilitation […] et d’un autre côté […] celui du témoin armé d’un crayon qui retranscrit ce qu’il entend, voit, perçoit et le restitue au groupe.

Étienne Appert : C’est cela. Parfois, il y a le facilitateur qui peut avoir un rôle assez simple. Dans certains cas, ce peut être une personne en interne à l’entreprise qui anime, qui donne la parole. Dans ce cas, mon rôle peut être assez central puisque je vais être le regard extérieur qui leur permet de réaliser où ils en sont et de faire le pas d’après. Dans d’autres cas, il y a vraiment besoin de facilitateurs et de consultants aguerris, qui ont un rôle très important et moi je vais être plus la cerise sur le gâteau. Cela dépend vraiment.

Les Joyeux Gribouilleurs : Mais alors quelles sont les demandes que l’on te formule le plus souvent ?

Étienne Appert : Le plus souvent, [mes clients] se disent « ça va être sympa », ce qui n’est pas une demande à très fort enjeux ! (Rires). Sauf pour les clients qui commencent à me connaitre, ou à vraiment connaitre cette démarche et qui se sont rendus compte que ça pouvait aller plus loin.

Ainsi, il y a souvent une rencontre mutuelle qui se fait au cours des mois ou des années avec des clients qui, au départ, me font venir sans attentes particulières. Mon travail c’est alors de leur montrer en direct que ce que j’apporte, ce n’est pas juste de faire des blagues ou d’amener des paillettes, mais que je contribue vraiment au processus, à la création de valeur. Je leur montre qu’il y a bien un apport qui va permettre à un processus intellectuel et émotionnel de se déployer de façon beaucoup plus profonde.

Il y a un apport [du dessin] qui va permettre à un processus intellectuel et émotionnel de se déployer de façon beaucoup plus profonde.

Etienne Appert

Donc mes clients font en général appel à moi une fois, sans prétention, puis ils se rendent compte de l’impact et la fois d’après ils imaginent aller un peu plus loin, me faire venir dans un contexte un peu plus délicat. Et de fil en aiguille, on en vient à accompagner des équipes avec lesquelles il y a des enjeux un peu plus difficiles, plus importants. Et je peux utiliser des modalités très variées, comme faire une fresque, faire un dessin animé en direct, ou encore prendre des notes sur des papiers, faire un reportage dessiné… Il y a pleins de formes possibles mais au final cela revient toujours à reformuler ce que j’entends par le dessin.

Et quand je dis reformuler ce que j’entends, c’est reformuler des choses sur un nombre incalculable de plans. Cela peut être de reformuler les contenus intellectuels, mais aussi les dynamiques émotionnelles que je ressens. Je prends beaucoup appui sur les métaphores que les gens expriment parce qu’elles disent quelque chose des jeux énergétiques, de dominations, de pouvoir. Reformuler peut donc aussi consister à retranscrire symboliquement les métaphores que les gens ont utilisées, pour les amener à se rendre compte de ce qu’ils disent et de ce que cela traduit des dynamiques dans lesquelles ils se sentent embarqués.

Je prends beaucoup appui sur les métaphores que les gens expriment parce qu’elles disent quelque chose des jeux énergétiques, de dominations, de pouvoir.

Etienne Appert

Reformuler peut aussi consister à dessiner le réel, dessiner le lieu où l’on est, les détails auxquels les gens ne font pas forcement attention mais qui sont révélateurs de la configuration dans laquelle ils ont choisi d’évoluer.

Donc cela peut prendre pleins de plans et en même temps, cela consiste toujours à reformuler en dessin ce qu’il se passe.

Les Joyeux Gribouilleurs : J’ai l’impression en t’entendant parler qu’il y a un vrai filtre à pertinence : tu ne fais pas que dessiner ce qu’il se dit, tu as en tête tout un processus d’analyse pour détecter ce qu’il va être pertinent de révéler à ce moment-là. Tu agis toujours dans la logique de révéler des choses pour « faire avancer le schmilblick », n’est-ce pas ?

Étienne Appert : Absolument. C’est assez difficile à expliquer parce que ce que l’on appelle aujourd’hui « facilitation graphique », dans les nombreuses formations qui se sont développées, correspond principalement à l’idée de noter des idées clés, avec des codes couleurs, etc.

Je suis sûr que c’est très utile, mais du coup je parle maintenant d’accompagnement par le dessin. Cela inclut cette vision de la facilitation graphique, mais cela peut aussi partir dans des directions très différentes. En fait, cela dépend complétement de l’intention du client, de ce qui est demandé, de ce que l’on cherche et de ma perception personnelle de ce qu’il se passe.

Il y a pour moi vraiment une dimension propre aux métiers d’accompagnement, comme pour un psy ou un coach qui travaille sur des dynamiques humaines. Il va être amené sans arrêt à passer d’un plan à l’autre, à réaliser que l’on était sur des aspects d’abord très techniques, mais qu’il y a des aspects énergétiques ou émotionnels qu’il faut traiter d’abord, etc.

De la même façon, je passe moi aussi d’un plan à l’autre, j’aborde des aspects émotionnels, techniques, etc. Mais un peu l’air de rien : les gens ne se rendent pas bien compte, jusqu’au moment où je refais des reformulations en dessins animés à la fin d’une demi-journée de travail par exemple. C’est ce que j’appelle la graphic analyse : je projette pleins de dessins et je raconte ce qu’il s’est passé, sous forme d’un dessin animé artisanal. J’y mélange des passages où je vais juste faire des blagues pour rappeler un petit événement qui s’est passé, et puis je vais faire un petit résumé des idées clés et de ce qu’ils ont dit. Ils se disent « tiens, c’est bien, il a bien compris ! », puis tout à coup je vais rappeler qu’à ce moment-là, il y a eu une objection qui est sortie et je vais décrire la dynamique de groupe à ce moment précis. On rentre alors sur un plan complètement différent et ils vont se remémorer ce qu’il s’est passé : « Ah oui, c’est vrai il y a eu ça ! Tiens, l’objection a été complètement évacuée, on n’y est même pas revenu », etc.  

Mais tout cela est très subjectif : il y a une dimension d’art, entre l’art de l’artiste et l‘art de l’accompagnant, qui relève plutôt d’une forme d’intuition. En tous cas, l’important est vraiment de se mettre au service de ce qu’il se passe, de ce qui demande à être révélé comme tu le disais.

L’important est vraiment de se mettre au service de ce qu’il se passe, de ce qui demande à être révélé

Etienne Appert

Les Joyeux Gribouilleurs : Tu as parlé de coach, de coaching et cela me fait penser à une intervention comme celle que peut faire un coach dans une entreprise ou avec un groupe. C’est-à-dire que tu mets les pieds dans le plat, tu révèles des dynamiques inconscientes et le fait de les révéler, de les rendre conscientes, va sans doute amener par la suite des changements dans la façon de fonctionner entre les gens. C’est un peu cette idée-là ?

Étienne Appert : Tout à fait. La reformulation, c’est quelque chose qui paraît très inoffensif et qui est d’autant plus puissant. Alors la reformulation couplée au dessin, ça parait encore plus inoffensif car lorsque les gens voient le dessinateur, ils se disent « on va rigoler un peu. De toute façon avec un dessinateur qui ne fait que reformuler il n’y a aucun risque ». Les gens baissent la garde et l’air de rien je peux leur renvoyer des effets miroirs qui peuvent être assez puissants.

Après selon les contextes, c’est très variable. Régulièrement j’interviens dans des contextes où ce que l’on me demande c’est juste de favoriser un peu la mémorisation des messages clés, d’aider à insister sur des points, de faire en sorte que ça marque un peu les esprits. Dans un tel cas, je rends simplement compte de ce qui s’est passé mais je ne peux pas aller très loin dans la remise en cause des dynamiques de groupe. Après si je sens que c’est utile, je n’hésite pas à le faire.

Et dans certains cas, au contraire, il m’arrive de travailler 2-3 jours avec un groupe, et là je fais un retour toutes les demi-journées. Peu à peu, on va alors vers quelque chose qui est assez étonnant : je vais dès le premier jour commencer à capter leurs métaphores, comme par exemple « Le projet B22 c’est vraiment un serpent de mer ». Donc je vais dessiner un serpent de mer. Ainsi dès la première demi-journée, je commence à reformuler ce qu’ils ont dit mais sous la forme d’un imaginaire qui est le leur. Je reprends leurs métaphores et de ce fait, ils vont se mettre à parler à partir de ce que j’ai dessiné : « Tu vois, c’est comme il a dessiné, c’est le serpent de mer qui passe sous le processus ».

Si quelqu’un venait voir le troisième jour ma reformulation, il aurait l’impression que je suis sous LSD ! (Rires). Je mélange des processus avec des métaphores complètement dingues, mais en fait c’est devenu un langage que tous les gens de l’équipe comprennent très bien parce que c’est leur représentation mentale qu’on a peu à peu creusée.

Je pense qu’en faisant cela, on travaille sur des dimensions symboliques probablement assez profondes, beaucoup plus profondes que si l’on restait sur des représentations de processus, et des cartographies.

Les Joyeux Gribouilleurs : J’ai souvent vu des fresques, des productions graphiques peu compréhensibles de l’extérieur. Quand on n’a pas vécu l’événement, on a du mal à comprendre ce qu’il s’est passé. Si je comprends bien, cela n’a donc rien d’étonnant…

Étienne Appert : Il faut être très clair avec le client avant. Ce n’est pas du tout le même objectif de vouloir accompagner une dynamique de groupe que de vouloir produire un support de communication externe. Les deux sont possibles mais pour moi ce n’est pas du tout le même travail.

Ce n’est pas du tout le même objectif de vouloir accompagner une dynamique de groupe que de vouloir produire un support de communication externe.

Etienne Appert

Si je veux vraiment faire un support de communication externe, il y a beaucoup plus de travail avant et après. Avant, pour vraiment capter les messages clés essentiels et puis après pour se demander ce qui doit vraiment être gardé par rapport à ce qui a émergé. Faire un support de communication en direct, si on a le temps c’est quand même possible, mais souvent, ça aura été prémâché.

J’ai dû le faire récemment pour une mutuelle, dans un séminaire de vision. Les clients veulent à la fois que je dessine, que j’intègre tout ce qui se sera passé en direct, que ce ne soit pas juste un document pré-formaté et en même temps il faut que ce que j’ai produit soit le document qui sera utilisé dans le monde entier. Dans ce cas-là évidemment, je rencontre le patron avant pour vraiment comprendre ses besoins et je me fais une esquisse en imaginant la structure, les points clés… Et les clients vont me voir arriver avec un papier blanc, vont me voir produire la fresque en direct devant eux et je vais intégrer un peu ce qu’ils se disent, s’il y a des inattendus.

Mais tout cela aura été préconstruit parce que si l’on veut que ce soit compris par l’extérieur, cela demande d’écrire plus de texte, il faut des phrases complètes, il faut que ce soit lisible et compréhensible. Ce n’est pas seulement un rappel des choses que l’on a vécues donc c’est vraiment une autre façon de construire la fresque.

Après, il peut y avoir des coups de chances, des cas où je viens dans un séminaire, je fais de l’accompagnement pour les gens et en fait ce qui sort est complétement utilisable pour montrer à l’extérieur. Ça arrive, mais je ne peux pas le garantir si on ne s’est pas donné cet objectif clair au début.

Les Joyeux Gribouilleurs : Je vais changer de direction mais dans le livre Penser, Dessiner, Révéler que tu as publié, tu parles du dessin, du monde de l’entreprise. Ce pont que tu peux faire entre le monde du dessin et le monde de l’entreprise, tu l’as fait aussi d’une autre façon, en illustrant des ouvrages qui parlaient des modèles d’organisations en entreprise.

Tu as illustré notamment un ouvrage sur l’holacratie, et tu as également illustré le livre Reinventing Organizations de Frédéric Laloux.

Est-ce que tu as fait d’autres ponts entre l’entreprise et le dessin ou penses-tu en faire d’autres ?

Étienne Appert : Non, ce sont les deux grands volets. Il y a le volet interne à chaque entreprise d’accompagner des dynamiques et il y a le volet externe qui est de publier des livres. Alors ça m’arrive de contribuer à des petits films mais c’est un peu des déclinaisons de la même chose. Donc oui, ce sont vraiment les deux grands volets et en ce moment la partie publication prend pas mal de place.

Ce que j’ai fait à l’extérieur, dans les ouvrages que tu cites, provoque également des missions chez des clients, c’est-à-dire que qu’il y a des clients chez qui je suis intervenu pour du dessin direct et qui finissent par me dire « on est en train de revoir toute notre stratégie mondiale et on ne sait pas comment le faire comprendre aux équipes, pourrait-on faire une bande dessinée ? ». A ce moment-là, je rencontre les experts de chaque métier qui m’expliquent les ruptures dans leur métier et j’essaie de les traduire de manière vraiment synthétique en dessin. Cela ressemble plus à de la communication, mais souvent là aussi mes interlocuteurs ne sont pas les responsables de la communication. Il s’agit vraiment d’un besoin plus opérationnel.

Il y a une demande qui est en train de grandir dans le monde entier sur le développement de ces livres. Dans un monde qui change, on a besoin d’un nouveau langage et le dessin y participe vraiment.

Dans un monde qui change, on a besoin d’un nouveau langage et le dessin y participe vraiment.

Etienne Appert

Les Joyeux Gribouilleurs : Je te mets par défaut une casquette vraiment très liée au monde de l’entreprise. Cette casquette est-elle légitime ou pourrais-tu demain arrêter d’interagir avec les entreprises pour te consacrer uniquement à l’illustration pour le grand public ? 

Étienne Appert : Oui complétement. Après, cela m’étonnerait que mes ponts avec l’entreprise disparaissent complètement étant donné que je n’ai pas de raisons de couper court avec ce qui m’intéresse.

Mais à l’inverse, je ne me sens pas du tout limité à ce registre-là, même si ces dernières années naturellement, du fait de mon parcours, j’ai eu beaucoup d’opportunités de ce côté-là.

Ce n’est pas pour rien que mon livre Penser, Dessiner, Révéler a pour sous-titre « Toutes les méthodes pour accompagner les idées, les équipes et la vie par le dessin ». Car cela accompagne ma vie sur tous les plans, je reformule tous les sujets par le dessin et donc je ne fais pas de ruptures entre le monde de l’entreprise et la vie en général.

Les trois prochains livres sur lesquels je travaille, sont trois livres que j’écris sur des sujets qui n’ont plus rien à voir avec l’entreprise. Je ne suis plus tout à fait là-dedans mais je n’en déduis pas que je vais arrêter avec l’entreprise, tout cela se nourrit mutuellement.

Les Joyeux Gribouilleurs : Penses-tu que l’utilisation de la pensée visuelle, de l’accompagnement par le dessin ou du dessin en entreprise pourrait changer le monde de l’entreprise ?

Étienne Appert : A la fois, il y contribue, cependant ce serait un peu naïf d’imaginer que le dessin à lui tout seul ferait une révolution. Il y a en ce moment un retour très fort du dessin dans le champ de la connaissance et de la description de la connaissance, de l’accompagnement de la connaissance. N’oublions pas que le dessin est un des arts les plus anciens que l’humanité ait produit, donc on ne peut pas dire que ce soit une invention récente.

Aujourd’hui ce retour arrive parce que les entreprises changent, parce que le monde change. Le monde appelle à une nouvelle façon de modéliser la pensée, de la décrire et c’est pour cela que le dessin revient. Le dessin donne accès à une façon de se percevoir, d’aborder nos connaissances, d’aborder ce que l’on vit et d’aborder nos représentations qui nous transforme. Tout cela est systémique. Ce n’est pas le dessin qui change le système, mais il contribue à un changement en ce moment, bien que de façon très modeste.

Le monde appelle à une nouvelle façon de modéliser la pensée, de la décrire et c’est pour cela que le dessin revient.

Etienne Appert

Les Joyeux Gribouilleurs : Aurais-tu une astuce d’illustrateur à partager ?

Étienne Appert : Je ne sais pas si on appelle ça une astuce mais voici une idée clé pour quelqu’un qui a envie d’accompagner par le dessin. Cette idée n’est pas du tout évidente pour les gens qui font du dessin et qui se disent qu’ils pourraient aller dessiner dans des séminaires : le plus intéressant n’est pas de dessiner ce que l’on voit mais c’est de dessiner ce que les gens pensent. Cela rejoint des choses que j’ai déjà dite, c’est un saut quantique qui mérite d’être conscientisé parce que ce n’est pas évident pour plein de gens.

Le plus intéressant n’est pas de dessiner ce que l’on voit mais c’est de dessiner ce que les gens pensent.

Etienne Appert

Le dessin est surtout intéressant dans un cadre d’accompagnement dans le but de donner forme à nos représentations mentales et ceci peut être fait même en n’étant pas un grand dessinateur. Je ne sais pas si c’est une astuce mais c’est un point clé.

Les Joyeux Gribouilleurs : Travailles-tu actuellement sur des projets que tu voudrais également nous partager ?

Étienne Appert : J’ai récemment illustré un livre, paru aux éditions Dunod, qui s’appelle L’art de devenir une équipe agile. Ce n’est pas un livre de moi, c’est un livre de Claude Aubry. C’est un expert sur l’agilité, c’est lui qui a apporté le contenu.

Enfin, de façon plus personnelle, en janvier 2020, j’ai un roman graphique qui sort. Je travaille dessus depuis 5 ans. Il s’appellera Rivière d’encre et sortira aux éditions La Boîte à Bulles. Il parle de dessins mais à un niveau encore plus profond : pourquoi l’être-humain dessine depuis toujours, les mythes, etc. C’est un livre assez personnel et en même temps, c’est un récit avec des personnages, des grandes histoires d’amour.

Les Joyeux Gribouilleurs : Tu as fait le scénario ?

Étienne Appert : Oui j’ai tout fait, je suis l’auteur global.

Les Joyeux Gribouilleurs : C’est ton bébé finalement ?

Étienne Appert : Absolument ! (rires)

Les Joyeux Gribouilleurs : Et où peut-on te retrouver si l’on veut te suivre ou en savoir plus sur ton travail ?

Étienne Appert : J’ai un site à mon nom www.etienneappert.fr mais je suis également sur Facebook et LinkedIn. Ce ne sont pas des pages professionnelles, mais des pages sur lesquelles je communique essentiellement en tant qu’auteur donc n’hésitez pas à me demander en tant qu’« ami » si vous voulez 🙂

Les Joyeux Gribouilleurs : Très bien. Et si les auditeurs veulent faire appel à toi pour que tu les accompagne, pour que tu dessines pendant un de leur événement, comment doivent-ils s’y prendre ?

Étienne Appert : Sur mon site, il y un petit formulaire en bas de page, vous me donnez vos coordonnées, me laissez un petit message et je vous recontacte sans problèmes 😊

Les Joyeux Gribouilleurs : Donc c’est aussi simple que ça. Merci beaucoup Etienne !

Étienne Appert : Merci à toi Laurent !


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Ingénieur en aérospatial de formation, j'ai décidé en 2015 de ré-orienter ma carrière pour un métier davantage centré sur l'individu et le travail collaboratif. Aujourd'hui Black Belt Lean Six Sigma, le poste de consultant et formateur que j'occupe me permet d'accompagner et de former des équipes pour les aider à trouver ensemble des solutions pertinentes à leurs problématiques. Ce faisant, je me rends compte tous les jours de l'impact fabuleux que peuvent avoir les gribouillages, logos et autres graphismes sur leur enthousiasme, leur capacité à communiquer et à collaborer. Je suis aujourd'hui convaincu que ceux qui sauront tirer parti de la pensée visuelle sauront mieux travailler ensemble et mieux faire passer leurs idées, tant en interne qu'auprès de leurs clients.

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