Les Joyeux Gribouilleurs x Lily Gros
Découvrir

Faîtes de vos facilitations un succès ! Interview avec Lily Gros

Diffusez la joie, partagez cet article :
  •  
  •  
  •  

Abonnez-vous pour ne manquer aucun épisode !

Bonjour à toutes et à tous ! Dans “Facilitation Graphique“, il y a “graphique”, mais il y a aussi “facilitation”. Mais qu’est-ce que la facilitation au juste ? Pour en savoir plus sur le sujet, je vous propose de partir à la rencontre de Lily Gros, facilitatrice professionnelle et co-créatrice du collectif des Joyeux Audacieux (toute ressemblance avec un blog portant un nom similaire est purement fortuite ! :D). Egalement à l’initiative de la chaîne YouTube La Minute Facilitation, elle vous partage dans ce podcast en quoi consiste son métier de facilitatrice, ainsi que ses astuces, ses convictions, ses conseils et même sa checklist pour vous aider à préparer et réussir vos séances de facilitation 🙂 Bonne écoute ! (Durée d’écoute : 31 min. 46s. La transcription écrite de cette interview est également disponible dans la suite de cet article. Temps de lecture : 15 minutes)

Pour écouter cet épisode, cliquez simplement sur Play dans le lecteur ci-dessus ou faîtes clic droit sur ce lien puis “Enregistrer le lien sous” pour le télécharger directement, par exemple pour l’écouter sur votre smartphone.

Je vous mets également les liens pour retrouver toutes les références liées à cette interview :

Et enfin, vous trouverez également ci-dessous un résumé gribouillé de cette interview, ainsi qu’une transcription de l’intégralité de cette entretien !

Joyeux podcast et bonnes gribouilles !
Laurent 🙂

PS : Suivez Les Joyeux Gribouilleurs sur Twitter (@LaurentLetang), sur Instagram (lesjoyeuxgribouilleurs) et sur Facebook.

PPS : Faîtes-leur plaisir ! Partagez cette interview à toutes vos connaissances susceptibles de l’apprécier 🙂

Résumé gribouillé de l’interview :

Résumé gribouiller sur le thème "Comment réussir ses facilitations ?"

Résumé gribouillé “Comment réussir ses facilitations ?” 🙂

Transcription texte de cette interview avec Lily Gros :

Lily Gros : Bonjour Laurent !

Les joyeux gribouilleurs : Comment ça va Lily ?

Lily Gros : Très bien ! Enchantée d’être connectée avec toi pour ce podcast.

Les joyeux gribouilleurs : Je suis content aussi et je suis vraiment ravi d’être avec toi ! La première question que j’ai Lily c’est : qui es-tu ?

Lily Gros : Je m’appelle Lily, j’habite à Aix-en-Provence et je suis facilitatrice dans pleins de domaines. En clair, j’aide les personnes à organiser des réunions, des séminaires, et des dispositifs d’accompagnement qui créent de l’impact et qui engagent les personnes. Je fais ça pour des demandes de clients, je crée mes propres parcours et j’aide aussi les personnes à devenir facilitateur.trice.

Les Joyeux Gribouilleurs : D’accord, donc tu fais aussi des formations de facilitateur.trice.

Lily Gros : C’est ça ! Plutôt pour ceux qui sont débutants ou intermédiaires et qui se disent : « j’ai un atelier à animer dans quelques semaines, et je n’ai aucune idée de par où commencer. » C’est vraiment pour aider, pour donner les bases.  

Les Joyeux Gribouilleurs : Et donc est-ce que tu peux nous expliquer rapidement en quoi ça consiste d’être facilitateur.trice ?

Lily Gros : En fait pour moi il y a deux choses principales.

Il y a un côté qui est de la conception, où l’on part d’une demande avec un objectif plus ou moins précis, un nombre de personnes et une durée. Le but est alors de trouver comment concevoir un déroulé qui va permettre de répondre à cet objectif. Par exemple, il peut m’arriver qu’une entreprise me dise, comme c’est le cas en ce moment : « j’aimerais bien diffuser une culture de l’optimisme dans mon entreprise, on a X de budget et on peut consacrer 2 ateliers d’une demi-journée. Qu’est-ce qu’on peut faire ? » Et donc là, je travaille avec eux sur la conception, sur l’amont, pour bien poser le cadre et concevoir la méthode qui va permettre d’atteindre les objectifs.

Et après il y a le deuxième volet qui est l’animation, qui consiste à se dire : « Par rapport à tout ce qu’on a imaginé, au déroulé, comment est-ce qu’on anime ça ? Comment fait-on pour que la méthode se déroule et que l’on atteigne l’objectif ? » Et donc là c’est soit de l’animation que je fais toute seule, soit j’anime avec d’autres facilitateurs, soit j’anime avec le client, soit j’ai une posture avec un peu plus de recul. Mais je suis là pour accompagner le client. Mon travail va vraiment dépendre des personnes et des organisations avec lesquelles je travaille.

Les Joyeux Gribouilleurs : Et donc ça peut-être aussi flou que ça, au début ? Tu m’as dit, par exemple : « j’aimerais qu’on travaille sur l’optimisme ». C’est ça ?

Lily Gros : Oui en fait, ça dépend vraiment des fois. Parfois, il y a des demandes qui sont extrêmement précises, comme : « animer une réunion de cohésion pour un réseau professionnel qui se réunit 4 fois par an. Il y a tels et tels enjeux dans le réseau, voilà ce qu’on a envie de faire. » Et parfois c’est quelque chose d’un peu plus large. En juin par exemple, je vais faciliter des cessions plutôt de créativité, où la demande n’est pas encore précise. Et aider à préciser les objectifs et les livrables rentre vraiment dans le cahier des charges de la demande. Parce que c’est vrai que « aider à cultiver l’optimise » par exemple, c’est une demande extrêmement large. Et si on reste sur ce niveau de précision, on ne va pas aller très loin, on va avoir quelque chose de très générique. Mais plus on arrive à spécifier et plus on arrive à avoir de l’impact.

Les Joyeux Gribouilleurs : Finalement, c’est donc une partie intégrante de ton travail que d’aider ton client à préciser sa demande, ainsi que l’objectif qu’il veut atteindre et ses enjeux. Tu devras ensuite concevoir avec lui le meilleur fil directeur pour que tu puisses ou qu’il puisse animer un atelier, qui mène progressivement les participants vers le résultat attendu. C’est bien ça ?

Lily Gros : Complètement. Et c’est vrai que parfois dans la facilitation il y a cet écueil de dire : « j’aimerais faire telle méthode d’animation, par exemple un World-café*, ou j’aimerais faire une cession de créativité. » Il faut faire attention car cet écueil de directement se dire ce qu’on a envie de faire peut réduire la cohérence avec les objectifs. Donc faire ce travail de conception, c’est presque déjà faire 60-70% du travail en amont de l’évènement !

Ndlr : un world café est une méthode d’animation de groupes de travail dans lequel les participants, par petits groupes, passent d’un atelier à un autre

Les Joyeux Gribouilleurs : D’accord, donc facilitation ne veut pas seulement dire animation.

Lily Gros : L’animation c’est une des facettes de la facilitation. Mais pour moi cela ne se résume pas qu’à ça. Je peux aussi être sur des missions où je suis juste mobilisée pour la facilitation du jour J et où tout a été conçu en amont par quelque d’autre, par un autre facilitateur.trice. Quoi qu’il en soit, il y a toujours de la conception en amont, c’est sûr.

Les Joyeux Gribouilleurs : Et comment en es-tu arrivée à t’intéresser à la facilitation ? Tu en faisais dans tes anciennes entreprises ?

Lily Gros : Oui, c’est venu assez progressivement. Pendant un peu moins de 6 ans, j’ai travaillé dans une super association qui s’appelle Enactus, qui accompagne des étudiants, des lycéens et des professionnels à renforcer leur posture entrepreneuriale et leur sens des initiatives. Et parmi les métiers que j’ai fait dans cette association, j’ai fait de l’accompagnement de groupes, de l’accompagnement d’individus, j’ai animé pas mal de séminaires et de démarches, entre autres choses.

Je me suis ainsi rendu compte que c’était ça qui me donnait de l’énergie : de mettre des groupes ensemble, de les faire collaborer sur un objectif. Donc j’en ai fait mon métier à temps plein, il y a quelques mois.

Les Joyeux Gribouilleurs : Et est-ce que tu as eu besoin de te former pour pouvoir dire que tu étais facilitatrice ?

Lily Gros : Non, en fait je n’ai pas suivi de formation sur la facilitation. En tout cas, je n’ai pas de diplôme de facilitation. Par contre, j’ai une formation de terrain. Mon ancien chef chez Enactus m’a transmis énormément de choses, il nous a fait beaucoup de formations à la facilitation, mais qui ne sont pas labellisées par des organismes de formation. Ce qui ne l’a pas empêché de me transmettre beaucoup d’outils. Je me forme aussi beaucoup en autodidacte en lisant des bouquins, en allant voir des séminaires et en m’inspirant d’autres facilitateurs. Je n’apprends jamais autant que quand je vois d’autres personnes faciliter, quand je vois ce qui me plait, ce qui me plait moins, quand je vois ce qui crée de l’impact. Et avec tout ce que je vois, j’apprends, j’absorbe : je fais l’éponge ! (Rires)

Les Joyeux Gribouilleurs : Et quand est ce qu’on va faire appel à toi ? C’est un besoin qu’une entreprise identifie ? Parce que le terme facilitateur.trice semble assez nouveau : il doit donc y avoir des entreprises qui n’ont même pas conscience qu’elles auraient besoin de facilitation. Quand et comment est-ce qu’on en arrive à se dire qu’il nous faudrait un facilitateur.trice ?

Lily Gros : Je pense qu’il y a plusieurs cas, il y a peut-être un cas où ils identifient un besoin sur l’animation. Le cas assez classique, où l’on fait une réunion de cohésion pour notre équipe et où l’on a besoin de quelqu’un qui soit extérieur à l’équipe pour animer.

Mais il y a aussi des cas où la compétence d’animation et de facilitation n’existe pas en interne. Les clients se disent alors : « on a besoin de faire cette réunion-là, mais on ne sait pas comment l’organiser, on ne sait pas comment la concevoir ou comment l’animer ». Ils font alors appel à quelqu’un de l’extérieur.

Et je pense que les démarches de changement, c’est aussi des endroits où l’on fait pas mal appel à des personnes qui sont dans la facilitation. Par exemple, aujourd’hui il y a un gros sujet dans les entreprises, émergent dans certains cas, assez saillant dans d’autres, qui est la qualité de vie au travail. Il y a pas mal d’entreprises qui cherchent des consultants qui vont les aider sur la qualité de vie au travail et qui finalement arrivent à faire appel à des consultants, des facilitateurs parce qu’ils se rendent comptes qu’ils ont envie d’avoir une démarche qui est plus participative.

Et ça c’est quelque chose qui est en train de se transformer dans le monde du consulting et du conseil en général : l’idée de passer d’une démarche purement conseil où on arrive, on fait un diagnostic, on donne du conseil, à quelque chose de plus participatif où l’on fait émerger des demandes de la part des dirigeants et des idées de la part des collaborateurs directement.

Les Joyeux Gribouilleurs : Donc c’est vraiment ça l’idée : tu facilites le travail en équipe, tu facilites la production des entreprises que tu accompagnes.

Lily Gros : C’est exactement ça. Dès qu’il y a un groupe qui a un objectif commun, une limite de temps et de moyens, mon travail c’est de les aider à se mettre en musique autour de cet objectif. Et après, selon la complexité des sujets, il peut aussi être nécessaire de s’entourer d’experts. Par exemple, il y a quelques mois j’ai animé un Hackathon sur la sécurité informatique. Comme je n’y connais rien en sécurité informatique, il y avait des experts qui étaient là pour remplir au niveau du contenu. Moi j’étais plus là pour créer le cadre de travail et rythmer le Hackathon, afin que les gens arrivent à un objectif et à une expérience positive à la fin.

Les Joyeux Gribouilleurs : Et comment se déroule une journée type de facilitation du point de vue d’un participant ?

Lily Gros : Il y a des grandes phases qui sont un peu types, même si de nombreuses choses sont très particulières à chaque évènement.

Pour moi, il y a une première phase qui est incontournable, qui est l’accueil. Ce n’est pas toujours bien fait pour pleins de raisons. Mais je pense qu’il est essentiel de bien accueillir les participants, avec café et petit-déjeuner, mais surtout de prendre le temps de dire bonjour à chacun d’entre eux, de les mettre vraiment en condition positive.

Il s’agit ensuite de poser le cadre : donner le sens, expliquer pourquoi les gens sont là, comment ça va se passer, qui sont les interlocuteurs et comment chacun des participants va jouer un rôle dans cette journée.

Les Joyeux Gribouilleurs : L’accueil est donc plutôt informel et ensuite, tu poses le cadre en lançant la journée c’est ça ?

Lily Gros : C’est ça. Priya Parker, une facilitatrice et personne exceptionnelle, a écrit un superbe ouvrage sur la facilitation dans lequel elle disait cette phrase que je trouve très juste : « Ne pas commencer sa réunion ou son séminaire par les éléments logistiques ».

Typiquement, commencer par : « Il y a une Peugeot 206 grise, garée devant l’accueil », cela casse tout le Momentum, toute l’excitation, toute l’anticipation que tu peux avoir de la part des participants.

Donc vraiment, il y a ce temps d’accueil, de bienvenue des participants qui est plus informel. Mais une fois que tout le monde est assis, qu’on va démarrer, c’est là qu’il faut donner du sens, poser le cadre et vraiment mettre les participants dans la bonne posture. Ce moment-là est vraiment crucial.

Les Joyeux Gribouilleurs : Récapitulons et imaginons que je sois un participant dans une journée que tu vas faciliter. Alors je vais me rendre sur le lieu, tu vas m’accueillir, je vais discuter un peu avec les autres personnes et on me présente le programme de la journée. Que se passe-t-il ensuite ?

Lily Gros : Ensuite, j’aime bien mettre dans cette phase d’introduction un moment de réflexion personnelle, afin que les personnes puissent réfléchir à pourquoi elles sont là et quels sont leurs propres objectifs. Il est aussi important qu’il y ait un petit moment de brise-glace. Parce qu’une fois que tu as posé le cadre, les personnes réfléchissent à la façon dont elles vont être reliées au cadre individuellement et ensuite elles commencent à rencontrer d’autres personnes.

Il s’agit de toujours partir du point de vue de la personne la plus timide, qui ne connait personne et qui n’est pas à l’aise sur le sujet. Elle a envie de créer des premiers liens, qu’on va créer un premier brise-glace. Après qu’on ait créé la connexion avec le sujet de chacun et du groupe, on passe aux séances de travail. Et là, il n’y a pas de déroulé type, ça dépend vraiment des objectifs, du thème, du nombre de participants.

Les Joyeux Gribouilleurs : En tant que participant, j’imagine que je peux aussi m’attendre à ce que tu m’aides à avancer au court de l’atelier, que tu me répètes éventuellement un peu les consignes si je n’ai pas bien compris. Et finalement, je te vois conclure aussi la journée de l’atelier ?

Lily Gros : De la même manière que l’accueil est une phase extrêmement importante, la conclusion en est une autre. Cette dernière permet de féliciter les participants pour tout le travail qui a été fait, de valoriser la production de l’évènement, de donner de la visibilité sur la suite. Concrètement tout ce travail : à quoi il va servir ? Comment ça va être utilisé ? Quand va-t-on avoir des résultats ? Si on ne prend pas ce temps, ça peut vite faire flop.

Typiquement sur un Hackathon, les personnes viennent parfois de manière bénévole, pour apporter des réponses à des enjeux. Si on les fait travailler 48h de manière extrêmement intense et qu’après on ne leur dit pas à la fin de l’évènement ce qu’il va se passer par la suite, qu’on ne les remercie pas et qu’on leur dit juste : « Merci d’avoir donné votre jus de cerveau pendant 48 heures », c’est quelque chose qui est extrêmement démotivant.

La question est donc : comment donne-t-on de l’énergie à la fin ? Comment donne-t-on de la visibilité et comment permet-on à chacun de s’exprimer sur comment il se sent ?

Lors de la clôture, il y a quelque chose d’assez classique, qui est de faire un tour de cercle où chacun s’exprime sur ce qu’il/elle ressent, comment s’est passé la journée de son point de vue. Par contre, j’ai arrêté de demander les points d’améliorations à ce moment-là. Je préfère le demander à l’écrit. Car quand on commence à partir dans les points d’amélioration, on draine l’énergie de tout le monde et la dernière chose avec laquelle les gens repartent, c’est toutes les choses qui ne se sont pas bien passées dans la journée. Ce n’est pas le top en termes d’énergie. Je préfère vraiment souligner ce qui s’est bien passé et que chacun puisse repartir avec de l’énergie. Ça ne veut pas dire qu’on ne traite pas les points d’insatisfaction, mais on les canalise à un autre moment pour que la clôture soit plutôt quelque chose d’optimiste et d’énergétique.

Les Joyeux Gribouilleurs : D’accord, donc si l’on récapitule : quand tu prépares une séance de facilitation, tu vas devoir éventuellement clarifier les besoins de ton client, de ton commanditaire. Tu dois prévoir l’atelier : comment va-t-il se dérouler ? Comment va-t-on mettre les équipes en condition de produire un résultat qui va être satisfaisant pour eux ? Et tu dois même aller jusqu’à prévoir ce qui se passe après, en poussant éventuellement ton client à se poser les questions de : « Ensuite qu’est-ce qui se passe ? Que va-t-on faire de tout cela ?». C’est un accompagnement presque global en fait.

Lily Gros : Oui, c’est exactement ça. Et parfois, il n’y a pas de suite et ce n’est pas grave mais il vaut mieux le présenter dès le démarrage.

Reprenons l’exemple de la cession de créativité. Si l’objectif de la cession, c’est plutôt de mettre les personnes en posture créative, de les aider à vivre cette séance de créativité, à créer du lien, alors il n’est pas du tout gênant que les productions ne soient pas réutilisées.

Mais si les participants pensent que le contenu va être réutilisé, en effet ça fait partie du boulot que d’accompagner les clients ou les partenaires à réfléchir à ce qui va être fait par la suite. C’est quelque chose qui fait clairement partie du métier et ce n’est parfois pas anticipé par le client, ce qui lui fait parfois, se poser beaucoup de questions (rires).

Les Joyeux Gribouilleurs : (rires) Oui j’imagine ! Alors, on a vu la journée type de facilitation du point de vue des participants : ils arrivent, sont accueillis, ont un sourire, mangent 2-3 croissants, ont un petit moment d’échange entre eux avant qu’on ne leur présente le cadre de la journée. Ensuite ils font les ateliers et à la fin on leur propose un petit tour de table, un tour de cercle, et on leur dit ce qui va se passer. Maintenant, si l’on regarde du point de vue du facilitateur.trice, ce n’est pas une journée, c’est beaucoup plus, non ? En plus j’imagine que tu dois arriver bien avant que les participants ne soient là…

Lily Gros : Oui (rire) ! C’est vrai que, pour une journée de facilitation, tu as au moins 2 jours de travail ! Cela dépend bien sûr de la complexité. Par exemple pour des cessions sur lesquelles on travaille pour juin, il y a plutôt 3-4 jours de travail parce que l’enjeux est très complexe et qu’il y a beaucoup de recherche à faire en amont. Il va aussi falloir prendre du temps pour interagir avec les participants. Parfois, on commence à leur demander du travail à faire avant la cession.

Et oui : j’arrive toujours avant les participants ! Si je le peux, j’arrive la vieille quand c’est un événement de plusieurs jours pour prendre mes marques. Et le matin quand les participants arrivent, il faut que la salle soit installée et être prêt.e à les accueillir sans devoir réfléchir aux éléments logistiques.

Les Joyeux Gribouilleurs : Et finalement, cela apporte quoi aux participants selon toi une séance de facilitation ? Comment penses-tu qu’ils définiraient ta valeur ajoutée ?

Lily Gros : Je pense qu’il y a tout un élément qui est autour de l’engagement et de la participation. Notamment quand on est sur des sujets où l’on va faciliter des démarches d’intelligence collective et généralement les personnes ressortent en disant : « C’est chouette, j’ai pu mieux comprendre les projets de mon entreprise » ou « Je connais mieux les membres de mon équipe ».

En général, ils ressortent en se sentant beaucoup plus engagés par rapport au sujet qu’ils ne l’étaient avant. Ils ressortent avec de l’énergie et parfois sont un peu fatigués dans leur corps mais plutôt enthousiastes et contents d’avoir passé une bonne journée.

Ce côté énergie là, il est assez important à prendre en compte. Il y a aussi l’acquisition de compétences en fonction de l’objectif de la journée qui est important. On va soit les faire travailler sur des outils, soit leur faire acquérir des techniques, voire les former à certaines choses. Souvent, le côté « j’ai appris quelque chose » ou « j’ai découvert une nouvelle manière de faire », est un bon bénéfice.

Mais c’est une bonne question que tu me poses Laurent, je ne me l’étais pas encore formalisé avant ! (Rires)

Les Joyeux Gribouilleurs : En tout cas en tant que facilitatrice, tu apportes beaucoup de cohésion au groupe de travail que tu accompagnes.

Lily Gros : C’est sûr que c’est aussi mon penchant naturel, je suis très portée sur le groupe humain et le collectif. Mais pour moi, si tu ne crées pas cette cohésion-là, ou en tout cas, si tu ne crées pas cette capacité à travailler ensemble, tu vas avoir un résultat qui est un peu plat. Il ne pas emprunt des réalités de chacun et les gens se seront un peu dit des banalités. Alors que quand tu crées une vraie connexion, tu peux rentrer dans le détail, les gens peuvent s’exprimer de manière authentique et tu vas beaucoup plus loin dans la collaboration que si la connexion n’avait pas été créée avec le groupe.

Les Joyeux Gribouilleurs : Oui et j’ai même l’impression que c’est quelque chose qui peut durer potentiellement après la journée de facilitation…

Lily Gros : Oui, complétement. Après ça peut durer, mais il faut aussi savoir mettre une fin : un processus de facilitation a un début et une fin. Et parfois même si cela a créé une super atmosphère et que les gens se sentent super connectés, si ce n’est pas un objectif en soit, ils ne se reverront plus, même après cette forte connexion. Après je pense qu’il y a aussi une partie qui est à la charge des participants, de se dire : « on s’est bien entendu allons boire un café ensemble un de ces jours. »

Les Joyeux Gribouilleurs : J’imaginais plutôt un manager avec son équipe : après la journée de facilitation, il se peut qu’ils arrivent à mieux fonctionner ensemble, non. C’est-à-dire que tu aurais apporté une cohésion, des bases pour travailler ensemble d’une nouvelle façon. Et derrière, cela pourrait perdurer même si tu n’es plus là, non ?

Lily Gros : Oui, c’est vrai que sur des groupes qui se connaissent et qui bossent ensemble, généralement tu as un « avant » et un « après » la séance de facilitation.

Les Joyeux Gribouilleurs : Justement : quels conseils donnerais-tu aux managers, justement qui se disent « J’aimerais animer moi-même des séances de travail avec mes équipes pour avoir plus de collaboratif, de participatif ». Ils se retrouveraient dans une posture de facilitation puisqu’ils devraient faciliter le travail de l’équipe. Quel conseil leur donnerais-tu, dans ce cas de figure là ?

Lily Gros : Le conseil que je peux donner, cela revient à un élément dont on parlait tout à l’heure, à savoir de prendre du recul et de ne pas rentrer directement dans la méthode. Ils doivent prendre le temps de réfléchir aux objectifs, de réfléchir à là où ils ont envie d’emmener leur équipe. Ils doivent aussi réfléchir à ce qui a déjà été fait et aux besoins des participants.

J’ai mis en place un petit outil individuel avec plusieurs questions à se poser, à destination des personnes qui veulent organiser une réunion et qui n’ont pas forcément besoin et/ou envie de faire appel à quelqu’un qui les aide dans la conception. Avec cet outil, ils peuvent bénéficier de quelques questions pour prendre du recul, pour se poser les bonnes questions et pour élaborer quelque chose d’utile et pas une énième réunion souffrant du syndrome de la réunionite (rires).

Les Joyeux Gribouilleurs : Alors, j’ai d’autres questions pour toi Lily. On a parlé un petit peu de ton métier, de comment est-ce que tu en es arrivé là, de tes interventions, de comment est-ce qu’elles se déroulent, de comment est-ce que les participants perçoivent ce que tu leur apportes. Tu viens de nous donner aussi un précieux conseil pour les managers ou les chefs de projets qui veulent animer des séances de travail avec leurs équipes.

Maintenant, j’aimerais aussi qu’on parle un peu du futur pour toi, de tes opportunités.

Tu te définis comme une slasheuse* c’est ça ?

Ndlr : une personne qui a plusieurs activités professionnelles : facilitatrice / YouTubeuse / coach, par exemple

Lily Gros : Oui ! C’est ça (rires).

Les Joyeux Gribouilleurs : Donc tu es facilitatrice mais tu fais aussi beaucoup d’autres choses 🙂 Quelles sont les autres choses que tu fais aujourd’hui et quelles sont les cordes que tu voudrais éventuellement encore rajouter à ton arc?

Lily Gros : Je dirais que oui, je suis slasheuse mais que j’essaie d’être dans la même posture de facilitation à travers tout ce que je fais, cela donne aussi une unité à mes différents projets.

Il y a une corde que j’aimerais bien rajouter, mais sans en faire un métier à part entière, c’est le côté graphique. Pas forcément d’aller jusqu’à la facilitation graphique mais au moins de faire un peu plus de sketchnoting et globalement de savoir mettre plus de visuel dans ce que je fais.

J’ai commencé à le faire dans des ateliers, d’utiliser plus de pictogrammes, plus de couleurs, plus de diagrammes. Au départ, je suis très attirée par l’écrit : j’ai une bonne plume et j’aime écrire. Sauf que parfois c’est trop costaud en termes de contenu. Donc mettre du visuel, rendre les choses plus lisibles et plus visibles, c’est un peu un de mes sujets du moment.

Et il y a autre chose qui m’intéresse beaucoup aussi, c’est le côté culturel de la facilitation. Là c’est ma semaine des interviews : j’étais avec une facilitatrice australienne lundi matin, avec toi aujourd’hui et je rencontre une facilitatrice néerlandaise demain ! Et je trouve ça très intéressant de se demander « comment on adapte la facilitation dans différentes cultures ? Et comment tire-t-on le meilleur des différentes cultures dans la facilitation ? »

Je trouve que dans l’approche anglo-saxonne, il y a quelque chose de très inspirationel : sur le sens, le grand rêve… C’est quelque chose que l’on a un peu moins en France, en tout cas de mon point de vue. On est très bon sur les méthodes, sur le débat, mais il y a moins ce côté un peu rêveur, très visionnaire qu’ont les facilitateurs anglo-saxons. Donc cela m’intéresserait bien de voir comment obtenir un mix de toute ces approches.

Les Joyeux Gribouilleurs : En tout cas, tu sais que pour tout ce qui est visuel et gribouillages, tu peux te tourner vers Les Joyeux Gribouilleurs ? (Rires) 🙂

Lily Gros : Oui bien sûr, tu es une de mes sources fétiches là-dessus ! A chaque fois, je suis trop contente quand je vois tes nouveaux dessins parce que tu m’aides vraiment à développer ma bibliothèque graphique, qui n’est pas très développée pour l’instant et relativement sommaire. Mais ça progresse ! (Rires)

Les Joyeux Gribouilleurs : J’en suis ravi 🙂 Et sinon Lily, où peut-on te retrouver si on veut en savoir plus sur ton travail ?

Lily Gros : Déjà sur mon site : www.lilygros.co. J’ai commencé à faire des vidéos pour parler de facilitation, y décrypter en quelques minutes des techniques, des postures et des états d’esprit. Il suffit de taper : « La minute facilitation » sur YouTube, Facebook et Instagram.

Je mets directement les vidéos sur Facebook et sur YouTube et après sur les réseaux sociaux. Je partage pas mal de techniques d’animation, de questionnement que j’ai sur la facilitation et sur le métier de facilitateur. Si on va sur mon site, on y retrouve tous les liens.

Les Joyeux Gribouilleurs : Très bien. Donc si jamais il y a des auditeurs qui sont intéressés pour faire appel à toi pour une séance de facilitation, qu’est-ce qu’ils doivent faire ? Aller sur ton site www.lilygros.co et te contacter ?

Lily Gros : Oui, c’est exactement ça. Il y a mon adresse mail sur le site, il y a un petit formulaire de contact et je pense que j’ai même mis mon numéro de téléphone.

Essayez de m’envoyer un message, de m’appeler directement, et après on discute, on voit les besoins. On voit aussi si je suis la personne la plus adaptée, ce que l’on peut faire ensemble. Et si c’est une demande qui n’est pas dans mes cordes, je redirige vers des gens qui sont plus dans ces cordes-là 🙂

Les Joyeux Gribouilleurs : Super ! Merci beaucoup Lily pour cette interview 🙂

Lily Gros : Merci à toi, ça me permet vraiment de formaliser au fur et à mesure, mes croyances, mes points forts en pédagogie donc merci à toi de créer cette occasion, de prendre du recul.

Les Joyeux Gribouilleurs : Hé bien, je te dis à bientôt pour une prochaine interview alors !

Lily Gros : Oui, avec plaisir ! 🙂


Diffusez la joie, partagez cet article :
  •  
  •  
  •  

Ingénieur en aérospatial de formation, j'ai décidé en 2015 de ré-orienter ma carrière pour un métier davantage centré sur l'individu et le travail collaboratif. Aujourd'hui Black Belt Lean Six Sigma, le poste de consultant et formateur que j'occupe me permet d'accompagner et de former des équipes pour les aider à trouver ensemble des solutions pertinentes à leurs problématiques. Ce faisant, je me rends compte tous les jours de l'impact fabuleux que peuvent avoir les gribouillages, logos et autres graphismes sur leur enthousiasme, leur capacité à communiquer et à collaborer. Je suis aujourd'hui convaincu que ceux qui sauront tirer parti de la pensée visuelle sauront mieux travailler ensemble et mieux faire passer leurs idées, tant en interne qu'auprès de leurs clients.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Accueillez la joie ! Recevez gratuitement le guide "La gribouille au propre" :)