Pourquoi vous devriez illustrer vous-même vos présentations

Premier article et première vidéo de la semaine de la présentation illustrée ! L’article est sous la vidéo : descendez tout en bas de l’article pour écrire vos commentaires 😃

Vous est-il déjà arrivé d’assister à une présentation tellement confuse que vous avez décroché après quelques minutes ?

Moi, oui.

Je me souviens encore d’un cours que j’ai suivi pendant mes études d’ingénieur. Le professeur maîtrisait parfaitement son sujet. Le problème, c’est qu’il était incapable de le rendre compréhensible.

Moins d’une minute après le début de son exposé, j’étais perdu.

Je le regardais dérouler ses explications avec assurance tandis que, de mon côté, je tentais désespérément de comprendre où il voulait en venir.

Puis j’ai eu une idée.

J’ai ouvert Wikipédia, tapé le nom du sujet.

J’ai lu quelques lignes d’introduction. regardé un schéma.

Et soudain, tout est devenu clair.

En quelques secondes, j’avais compris ce que ce professeur essayait de m’expliquer depuis près d’une demi-heure.

À l’époque, je n’avais pas encore mis le doigt sur ce qui venait de se passer.

Aujourd’hui, je sais.

Ce schéma avait fait quelque chose que les mots seuls n’avaient pas réussi à faire : il m’avait permis de voir l’idée.

Et c’est précisément ce dont nous allons parler aujourd’hui.

Car contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’utilisation d’illustrations dans une présentation n’est pas seulement une question d’esthétique.

Les recherches en psychologie de l’éducation montrent qu’elles peuvent améliorer la compréhension, la mémorisation et même la capacité à réutiliser les connaissances.

Voyons pourquoi.

Le problème des présentations uniquement textuelles

Lorsque je suis devenu formateur il y a une dizaine d’années, je m’étais fixé un objectif très simple. Ne jamais devenir cet expert incompris : brillant, mais que personne ne comprend.

J’accordais donc beaucoup de soin à mes présentations PowerPoint.

Je cherchais des images. testais des mises en page. Je passais des heures à peaufiner mes supports.

Mais je me heurtais toujours au même problème.

Trouver les bonnes illustrations prenait un temps fou !!!

Entre :

  • – les différentes banques d’images à visiter,
  • – les images qui ne sont pas libres de droit,
  • – les styles graphiques incohérents
  • – et les visuels qui ne correspondaient jamais exactement à ce que j’avais en tête,
  • etc.

… je pouvais facilement passer plusieurs heures à chercher une seule image !

Et malgré cela, il m’arrivait souvent de me contenter d’une illustration « passable ».

Pas idéale.

Juste passable.

Avec le recul, j’ai réalisé que le problème n’était pas seulement le temps passé à chercher des images.

Le véritable problème était que les illustrations disponibles n’étaient pas toujours conçues pour aider à comprendre.

Or c’est précisément là que se situe toute la différence.

Pourquoi notre cerveau aime les images

Pour comprendre l’intérêt des visuels, il faut d’abord comprendre une chose essentielle :

Notre cerveau dispose de ressources limitées.

Imaginez un instant que je vous demande de mémoriser la série suivante :

9 – 4 – 5 – 0 – 7 – 3 – 8 – 1 – 3 – 6

Sans la noter, sans revenir en arrière.

Combien de chiffres avez-vous retenus ?

Probablement pas les dix.

Ce n’est pas parce que vous manquez de concentration.

C’est simplement parce que votre mémoire de travail possède une capacité limitée.

Elle agit un peu comme le goulot d’une bouteille : seule une quantité restreinte d’informations peut passer à un instant donné.

Lorsque nous écoutons une présentation très dense, notre mémoire de travail est fortement sollicitée.

Elle doit :

– écouter les informations ;

– les organiser ;

– les relier à nos connaissances existantes pour les intégrer dans notre mémoire à long terme.

Et tout cela en temps réel.

Autant dire qu’elle peut rapidement saturer.

Ce que la science a démontré

C’est précisément ce sujet qui a passionné le chercheur américain Richard E. Mayer.

Pendant plusieurs décennies, il a étudié ce que l’on appelle l’apprentissage multimédia.

Autrement dit :

Comment apprend-on lorsque les mots sont associés à des images ?

Pour répondre à cette question, il a réalisé de nombreuses expériences.

Le principe était relativement simple :

Un premier groupe recevait un texte expliquant un phénomène.

Un second groupe recevait exactement les mêmes explications, mais accompagnées d’illustrations pertinentes.

Après une période d’appropriation des documents reçus, les participants devaient répondre à des questions d’évaluation.

Et attention : il ne s’agissait pas simplement de réciter le contenu.

Les questions visaient surtout à évaluer leur compréhension profonde du sujet et leur capacité à réutiliser les connaissances dans des situations nouvelles.

Les résultats ont été remarquablement cohérents.

Dans la majorité des cas, les personnes ayant appris avec des mots ET des images obtenaient de meilleurs résultats que celles ayant appris uniquement avec du texte.

Mais pourquoi ?

Les deux canaux du cerveau

Les chercheurs en psychologie de l’éducation considèrent aujourd’hui que notre cerveau traite les mots et les images par deux voies distinctes.

On peut imaginer cela comme deux canaux parallèles :

– un canal verbal ;

– un canal visuel.

Lorsque vous utilisez uniquement du texte ou uniquement de la parole, vous sollicitez essentiellement un seul canal.

Lorsque vous associez intelligemment des mots et des images, vous mobilisez les deux.

Votre cerveau dispose alors de davantage de ressources pour construire du sens.

Et surtout, il doit créer des liens entre ce qu’il voit et ce qu’il entend.

C’est précisément cet effort de connexion qui favorise un apprentissage plus « actif ».

Autrement dit : une image pertinente n’est pas seulement là pour illustrer. Elle pousse votre cerveau à réfléchir.

Les trois bénéfices majeurs des visuels

Les travaux de Mayer montrent que l’utilisation pertinente des images améliore principalement trois dimensions.

La compréhension

Les visuels permettent de rendre visibles des mécanismes parfois difficiles à expliquer uniquement avec des mots.

Ils réduisent l’effort nécessaire pour construire une représentation mentale.

La mémorisation

Les informations sont encodées de plusieurs manières simultanément. Cela augmente les chances de les retrouver plus tard.

Le transfert

C’est probablement le bénéfice le plus intéressant.

Les apprenants ne se contentent pas de retenir l’information.

Ils deviennent davantage capables de l’utiliser dans de nouvelles situations.

Et c’est bien là le véritable objectif d’une formation ou d’une présentation.

Attention : toutes les images ne se valent pas

À ce stade, vous pourriez être tenté de conclure :

« Parfait. Je vais mettre davantage d’images dans mes présentations. »

Pas si vite.

Car Mayer a également montré quelque chose de très important :

Toutes les images ne sont pas bénéfiques.

Certaines peuvent même être contre-productives.

Une illustration décorative qui n’apporte rien au message oblige le cerveau à chercher un sens qui n’existe pas.

Résultat : vous mobilisez inutilement une partie de l’attention de votre audience.

Autrement dit, une mauvaise image peut compliquer la compréhension au lieu de la faciliter.

Trois principes simples à appliquer immédiatement

Parmi les nombreux principes identifiés par Mayer, trois me semblent particulièrement utiles pour les personnes qui créent des présentations pédagogiques.

Principe n°1 : éliminez le superflu

Chaque élément visuel doit servir le message.

Si une image n’aide pas à comprendre, elle n’a probablement rien à faire sur votre slide.

Principe n°2 : évitez les doublons

Si vous dites exactement la même chose à l’oral que ce qui est écrit à l’écran, vous surchargez inutilement votre audience.

Choisissez plutôt ce qui sera dit, ce qui sera écrit et ce qui sera montré.

Principe n°3 : rapprochez les mots et les images

Lorsque du texte décrit un élément visuel, placez-le au plus près de cet élément.

Et lorsque vous présentez à l’oral, désignez les éléments dont vous parlez au moment où vous en parlez.

Cela paraît évident.

Pourtant, c’est l’une des erreurs que j’observe le plus souvent.

Pourquoi j’ai finalement choisi d’apprendre à dessiner mes propres idées

Pendant longtemps, j’ai continué à chercher des illustrations sur Internet.

Puis j’ai découvert la pensée visuelle.

J’ai alors compris quelque chose qui a profondément changé ma façon de travailler :

Je n’étais pas obligé de trouver l’image parfaite.

Je pouvais la créer.

Même sans être un artiste.

Même avec un niveau de dessin très basique.

Cette découverte m’a permis de produire des illustrations parfaitement adaptées à mes messages.

Mais elle a aussi fait apparaître une nouvelle difficulté.

Comment trouver le bon dessin ?

Car savoir qu’un visuel est utile ne nous dit pas encore comment représenter une idée.

Et c’est justement la question à laquelle je réponds dans mon prochain article / dans cet article (avec lien).

Conclusion

Les recherches en psychologie de l’éducation sont aujourd’hui très claires :

« On apprend mieux avec des mots et des images qu’avec des mots seuls »

Mais attention :

L’objectif n’est pas d’ajouter des images.

L’objectif est d’ajouter des images pertinentes.

C’est une nuance essentielle.

Car une illustration efficace n’est pas décorative.

Elle aide votre audience à voir ce que vous avez dans la tête.

Et cela soulève naturellement une question :

Comment trouver le bon dessin lorsque l’idée que l’on souhaite représenter est abstraite, complexe ou difficile à visualiser ? (mettre lien vers article 2)

Convaincu.e ? Dites-moi en commentaires :

  • – Que feriez-vous si vous arriviez à illustrer vous-mêmes vos supports de présentation ?
  • – Comment cela affecterait-il vos interlocuteurs, votre façon de présenter et la réussite de vos projets ?
  • Et question bonus : au moins 1 des 3 principes énoncés ci-dessus n’est pas respecté dans cet article 😮 Saurez-vous trouver lequel et en quoi ? 😃 😉

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4 Commentaires
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Seban
Seban
1 jour il y a

Très intéressant 👍

Vinciane
Vinciane
1 jour il y a

J’illustre toujours mes paperboards lors de facilitations. Les participants sont plus attentifs. Les consignes sont plus claires pour tous, et l’objectif de chaque séquence est clairement mentionné. Les synthèses sont plus courtes mais on retient l’essentiel. L’effet est toujours « whaou »

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